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LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Le 16 avril 2018

 

 

M. le Président, refusez qu’avec le secret des affaires,
le secret ne devienne la règle et les libertés des exceptions

Monsieur le Président,

Le Parlement s’apprête à voter via une procédure accélérée une proposition de loi portant « sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ».

Ce texte est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016, malgré les mises en garde des associations, des syndicats, des journalistes, et l’opposition massive des citoyens. Bien que nécessaire, une protection des secrets de fabrication, de l’innovation et de la propriété intellectuelle ne doit pas entraîner une remise en cause des libertés fondamentales, ou une restriction de la liberté de circulation des personnes et des idées.

La France dispose de marges de manœuvre pour la transposition de la directive dans son droit national, et peut faire le choix de préserver les libertés tout en respectant le droit européen.

Alors qu’habituellement, les directives européennes sont transposées par un projet de loi gouvernemental, passant en conseil des ministres et comportant une étude d’impact, nous regrettons que la France ait cette fois choisi une discrète proposition de loi d’initiative parlementaire. Discrète et expresse : déposée le 19 février 2018, elle vient d’être adoptée à l’Assemblée Nationale et sera examinée par le Sénat ce 18 avril, avec une adoption prévue dans la foulée en procédure accélérée. Tout cela sans aucun débat public, alors même qu’ONG, syndicats, journalistes et citoyen.ne.s ont à plusieurs reprises dénoncé le danger que cette directive représente pour les libertés fondamentales. Plusieurs centaines de milliers de français.es se sont ainsi mobilisé.e.s contre cette proposition de loi en signant des pétitions dont la plus récente, lancée le 19 mars, a déjà recueilli plus de 300 000 signatures.

En janvier 2015, lorsque nous vous avions interpellé sur l’intégration dans votre projet de loi d’un amendement sur le secret des affaires, vous aviez fait le choix de retirer cette disposition, la jugeant dangereuse pour les libertés publiques. Pourtant, lors du récent débat parlementaire, votre gouvernement a refusé les amendements permettant de restreindre l’application du secret des affaires aux seuls acteurs concurrentiels. Pourquoi un tel revirement ?

L’option retenue par la proposition de loi présentée par la majorité parlementaire et durcie par la commission des lois du Sénat, remet en cause l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information. Il s’agit d’une inversion de nos principes républicains : le secret devient la règle, et les libertés des exceptions. De fait, en l’état, cette loi permettra de verrouiller l’information à la fois sur les pratiques et sur les produits commercialisés par les entreprises.

La définition du « secret d’affaire » est si vaste que n’importe quelle information interne à une entreprise peut désormais être classée dans cette catégorie. La loi sur le secret des affaires concerne des informations d’intérêt général telles que les pratiques fiscales des entreprises, l’impact de leurs activités et de leurs produits sur la santé et l’environnement, etc. Des scandales tels ceux du Médiator, du bisphénol A ou des Panama Papers pourraient ainsi ne plus être portés à la connaissance des citoyens. L’infraction au secret des affaires aurait lieu dès l’obtention de ces informations, quel que soit l’objectif poursuivi dans leur utilisation et diffusion.
La loi concerne aussi les savoir et savoir- faire acquis par les salarié.e.s, et pourrait ainsi permettre de généraliser les clauses de non concurrence limitant la mobilité des salarié.e.s.

Les journalistes, les scientifiques, les syndicats, les ONG ou les lanceurs d’alertes qui s’aventureraient à rendre publiques de telles informations s’exposeraient à une procédure judiciaire longue et coûteuse, et surtout à une sanction qui décourageraient de futures divulgations. D’autant que la commission des lois sénatoriale vient de créer une sanction pénale pour ce nouveau délit tout en supprimant les sanctions pour procédures dilatoires ou abusives, pourtant prévues par la directive. C’est là le pouvoir de cette loi : devenir une arme de dissuasion. Pour les téméraires qui briseront cette loi du silence, il ne restera plus qu’à espérer que les tribunaux feront primer la liberté d’expression et d’information…La récente condamnation par le tribunal de Metz d’Edouard Perrin, le journaliste qui a révélé l’affaire Luxleaks, remet en cause la protection des sources et indique plutôt une orientation contraire

Les « garanties » proposées aux journalistes, aux lanceurs d’alertes et aux syndicats ne vaudront ainsi pas grand-chose devant une juridiction (incluant les tribunaux de commerce) armée d’un nouveau droit érigeant le secret des affaires en principe, et la révélation d’informations d’intérêt public en exception. Sans compter les centaines d’associations œuvrant quotidiennement en faveur des droits humains ou pour la protection de l’environnement qui devront systématiquement justifier leur mission d’intérêt général. Pourtant, la liberté d’expression et la liberté de l’information devraient être le principe prééminent, comme le prévoit l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. C’est la condition de la démocratie.

Monsieur le Président, nous comptons sur les engagements que vous avez formulés durant la campagne électorale en faveur de la protection des droits fondamentaux pour défendre la liberté d’expression. Aussi, nous, signataires de cette lettre ouverte, lanceurs d’alertes, syndicats, associations, journalistes, chercheurs, nous opposons à l’adoption en l’état de cette loi, et vous demandons, Monsieur le Président, de défendre le droit à l’information et l’intérêt général en restreignant le champ d’application du secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels. Dans cette espérance, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

Signataires :

Appel-Muller Patrick, Directeur de la rédaction de l’Humanité ; Auroi Danielle, Présidente de Forum Citoyen pour la RSE ; Berille Luc, Secrétaire général de l’UNSA ; Beynel Éric, Porte-parole de Solidaires ; Binet Sophie et Kotlicki Marie-José, Secrétaires générales de l’UGICT-CGT ; Blanchet Lise, Présidente de la Commission SCAM des journalistes : Borrel Thomas, Porte-parole de Survie ; Bounaud Laurène, Déléguée générale de Transparency International ; Cellier Dominique, Président de Sciences Citoyennes ; Collectif « On ne se taira pas ! » ; Compain Florent, Président des Amis de la Terre France ; Coriat Benjamin et Sterdyniak Henri, Économistes atterrés; Cossart Sandra, Directrice de Sherpa; Cutajar Chantal, Présidente de l’Observatoire Citoyen pour la Transparence Financière Internationale ; Darmon Muriel, Présidente de l’Association Française de Sociologie ; Deltour Antoine, Lanceur d’Alertes LuxLeaks ; Dubreuil Katia, Présidente du Syndicat de Magistrature ; Duval Guillaume, Président du Collectif Éthique sur l’étiquette ; Faucheux Benoît, Directeur général de CCFD Terre Solidaires ; Fayet Véronique, Présidente du Secours Catholique ; Fontaine Alain, Directeur général de Terre des Hommes France ; Julliard Jean-François, Directeur exécutif de Greenpeace France ; Kalinowski Wojtek, Co-directeur de l’Institut Veblen ; Kragl Ingrid, directrice de l’information de Foodwatch, Laarman Nicolas, Directeur général de Pollinis ; Lanier Vincent, Premier secrétaire général du Syndicat national des journalistes ; Lefevre Christophe, Secrétaire national en charge des affaires européennes de la CFE-CGC ; Lepers Elliot, Directeur de l’ONG Le Mouvement ; Mahieu Laurent, Secrétaire général de la CFDT Cadres ; Marolleau Jean-Louis, Secrétaire exécutif du Réseau Foi et Justice Afrique Europe – Antenne de France ; Merckaert Jean, Rédacteur en Chef de la Revue Projet ; Monfort Patrick, Secrétaire général du SNCS-FSU ; Morin Jérôme, Secrétaire général de la F3C CFDT ; Noisette Christophe, Rédacteur en Chef d’Inf’OGM ; Pedersen Birthe, Présidente d’Action Aid France – Peuples Solidaires ; Peres Éric, Secrétaire général de FO Cadres ; Perrin Édouard, Président du Collectif « Informer N’est Pas un Délit » ; Petitjean Olivier, coordinateur à l’Observatoire des Multinationales ; Pigeon Martin, Corporate Europe Observatory ; Plihon Dominique et Trouvé Aurélie, Porte-paroles d’ATTAC ; Poilane Emmanuel, Directeur général de France Liberté et président du CRID ; Poitier Julie, Directrice de Bio Consom’Acteurs ; Rehbinder Lison, Coordinatrice de la Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires ; Remy Clément, Président de Pollinis ; Rizzoli Fabrice, CrimHalt ; Roques Laurence, Présidente du Syndicat des Avocats de France ; Salemkour Malik, Président de la Ligue des Droits de l’Homme ; Vire Emmanuel, Secrétaire général du Syndicat National des Journalistes CGT; Youakim Marie, Co-présidente de Ritimo ; SDJ des Échos ; SDJ de Premières Lignes ; SDJ de TV5 Monde ; SDJ de BFMTV ; SDJ de l’AFP ; SDJ de Challenges ; SDJ de la rédaction nationale de France 3 ; SDJ de Télérama ; SDJ du JDD ; SDJ de l’AEF ; Société des rédacteurs du Monde ; SDJ de Radio France ; SDJ du Figaro ; SDJ du Point ; SDJ de RTL ; SDJ de La Vie ; SDJ de Libération ; Rédaction d’Alternatives Economiques ; SDJ de TF1 ; SDJ de RMC, SDJ de Mediapart ; SDJ de l’Humanité ; SDJ de France 2 ; Prix Albert Londres ; Télé Libre.

Refonder l’entreprise et son droit

Centre du droit de l’entreprise

Faculté de droit de Strasbourg

 

3° Conférence citoyenne et universitaire

Vendredi 6 avril 2018 à 18 H 00

Au FEC 17 place Saint Etienne

Strasbourg

 

Refonder l’entreprise et son droit

 

(Retour critique sur les ordonnances Macron et sur le projet de réforme de l’entreprise)

  

La 3ème conférence citoyenne et universitaire organisée à l’initiative de Chantal Cutajar, maître de conférences à la Faculté de droit de Strasbourg, Francis Kern professeur émérite et doyen honoraire de la faculté de Sciences économiques et Quentin Urban, maître de conférences à la Faculté de droit de Strasbourg, avec la participation de Christian La Gall du Tertre, professeur émérite de Sciences économiques de l’université de Paris VII et directeur scientifique du laboratoire de recherches ATEMIS se propose :

Au-delà de la critique des ordonnances de réforme du droit du travail du 22 septembre 2017, de mettre en débat une nouvelle dynamique du travail pour refonder l’entreprise et son droit.

Les effets négatifs des ordonnances commencent à se faire sentir pour les salariés et leurs représentants. La responsabilité des universitaires engagés est non seulement de lancer une alerte sur la dégradation sociale qui s’annonce, mais aussi de démontrer que cette évolution juridique et managériale n’est pas une fatalité et qu’il existe des alternatives juridiques et économiques.

Pour y parvenir, il est nécessaire de mener de front trois projets :

  • Mettre en lumière les logiques destructrices portées par les ordonnances Macron,
  • Débattre du sens à donner au projet de réforme gouvernemental du droit de l’entreprise
  • Décrire les procédures citoyennes qui permettraient de faire émerger de nouvelles règles de fonctionnement des entreprises,
  • Proposer de nouvelles formes d’organisation du travail structurées par une nouvelle architecture du droit du travail.

 

Les Assises de la Compliance

Thomson Reuters, l’Association du Master 2 Juriste Conformité de Strasbourg, le GRASCO et Le Cercle De la Compliance sont heureux de vous annoncer la tenue des Assises de la Compliance le vendredi 22 juin 2018 à Paris.

Lors de cette journée dédiée aux professionnels de la Compliance, nous aborderons les sujets suivants :
  • Analyse des risques, présentation des nouvelles menaces, enjeux du KYC
  • Apports et limites des nouvelles technologies dans les processus opérationnels de la Compliance
  • La loi Sapin II et norme ISO37001, retours d’expériences
  • La Compliance, levier de la stratégie d’entreprise
Seront notamment présents :
  • Les régulateurs, dont Charles Duchaine, Directeur de l’AFA, Bruno Dalles, Directeur du Service Tracfin, Anne Maréchal, Directrice des Affaires Juridiques de l’AMF, et l’ACPR,
  • Les directeurs LCBFT parmi les plus grandes banques françaises,
  • Les directeurs compliance des plus importants groupes français,
  • Les avocats et Fintech spécialisés sur ces thématiques.

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Face à la corruption, les Français réclament du changement

La première loi d’Emmanuel Macron, nouveau président de la République française, sera consacrée à la moralisation de la vie publique. Le projet de loi est en cours d’élaboration pour qu’il soit adopté dans les semaines à venir par le futur parlement. C’est dire à quel point ce sujet a marqué l’opinion durant une campagne présidentielle particulièrement âpre, et continue de focaliser l’attention à l’approche des élections législatives les 11 et 18 juin.

Ces derniers mois furent en effet marqués par la révélation de plusieurs affaires concernant notamment François Fillon, le candidat de la droite, et Marine Le Pen, la candidate de l’extrême droite. Rappel de quelques faits : François Fillon est soupçonné d’avoir accordé des emplois fictifs à ses proches en tant qu’attachés parlementaires, ou encore d’avoir accepté en cadeau des costumes de luxe pour des dizaines de milliers d’euros de la part d’un ami avocat (qui est au centre des réseaux de la « Françafrique » (ndlr : lire plus loin)).

Quant à Marine Le Pen, elle est visée par une enquête sur des emplois fictifs et de financement illégal de campagne électorale. Mais on pourrait citer bien d’autres affaires, concernant par exemple l’ancien président Nicolas Sarkozy, le député Thomas Thevenoud, le sénateur et hommes d’affaires Serge Dassault, le député Patrick Balkany, ou encore UBS France, HSBC…

Ces affaires ont accru le sentiment du « tous pourris » et la crise de confiance envers les hommes politiques déjà très ancrée en France. Seulement 11% des Français déclaraient faire confiance aux partis politiques, en janvier 2017, selon le baromètre Cevipof. 75% des personnes interrogées affirment également « qu’en règle générale, les élus et les dirigeants politiques français sont plutôt corrompus ».

Ce climat de suspicion vis-à-vis des responsables politiques place la France en mauvaise position dans le classement sur la corruption. Pour l’ONG Transparency International, en 2016, le pays arrivait au 23e rang sur 168, juste devant les Bahamas, le Chili et les Émirats arabes unis. Pourtant, sept pays voisins européens (dont le Danemark, la Finlande, la Suède, la Suisse, l’Allemagne) occupent les 10 premières places du classement.

Pourquoi la France, connue comme « la patrie des droits de l’homme » n’est-elle pas en mesure de montrer l’exemple ou de faire aussi bien que d’autres voisins européens ?

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